Accéder au contenu Accéder à la recherche Accéder au menu principal

Le premier roman de Colombe Boncenne, Comme neige, tourne autour du monde de l'édition, monde que l'auteure connaît bien, puisqu'elle travaille elle-même dans l'édition. Sa lecture est divertissante, et l'intrigue est astucieuse. J'ai toutefois trouvé ce roman assez creux, et je suis restée sur ma faim.

Le narrateur, Constantin Caillaud, est partagé entre son épouse et une maîtresse, qui lui a fait découvrir les oeuvres d'Emilien Petit, auteur exigeant, dont l'oeuvre est construite comme un tout, avec reprise de personnages d'un roman à l'autre. Or, lors d'une excursion à Crux-la-ville avec son épouse, Constantin met la main sur un roman inédit de cet auteur, Neige noire. Il l'achète et le lit à l'hôtel. Dans le roman, le personnage masculin est partagé entre deux femmes, et l'une d'elles le quitte sans qu'il puisse la retenir. C'est un peu le cas de sa maîtresse, qui part régulièrement sans lui donner de nouvelles. Content de lui montrer le roman qu'il a découvert, il constate avec dépit que le livre a disparu de ses étagères, et ne peut plus produire la preuve de son existence. Commence alors de sa part une enquête sur l'auteur et ce mystérieux roman, qu'en termes éditoriaux on appelle un hapax, c'est-à-dire un livre qui ne connaît qu'une seule occurrence. C'est là où Colombe Boncenne met en place un jeu assez astucieux, à la manière des nouvelles vertigineuses de Luis Borgès (elle cite d'ailleurs "le jardin aux sentiers qui bifurquent" dans le roman), en mêlant réalité et fiction, et en faisant produire de vraies-fausses lettres par des amis écrivains, et non des moindres : Jean-Philippe Toussaint, Olivier Rolin et Antoine Volodine. Le roman devient mise en abyme de l'oeuvre d'Emilien Petit, auteur fictif, qui étend ses ramifications dans la vie de Constantin Caillaud, à tel point que ce dernier se voit bientôt "accusé" d'avoir lui-même inventé et écrit Neige noire. Il s'agit d'un projet ambitieux, écrit sur un ton léger et agréable, et cela aurait nécessité de réunir tous les fils ; or, je trouve que la conclusion du roman ne manifeste pas la logique implacable qu'y aurait mise Borges, et que j'attendais. Certes, Colombe Boncenne est avantagée par sa connaissance du milieu, mais il manque pour moi une profondeur dans l'intrigue de ce roman, qui l'aurait rendu plus intéressant.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir